"Vies minuscules", Pierre Michon, Gallimard, 1984

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Reprise de la quatrième de couverture :

« Huit vies », se diversifiant comme les branches d’un arbre généalogique mental, composent le roman autobiographique d’un homme incessamment fasciné par l’iniquité de sa présence au monde».


L’écriture de Pierre Michon au début de son livre m’apparaissait difficile d’accès, comme heurtée ; j’avais l’impression de gravir une pente caillouteuse avec des fleurs surprenantes au bord du chemin : certaines d’une beauté franche et simple, évidente ou d’autres vénéneuses et toxiques.

J’ai failli laisser tomber et puis je me suis accrochée à ce faux-frère qui raconte ses errances, la peine d’écrire, de trop admirer les maîtres. Il raconte sa chute après avoir été l’ange posé sur un piédestal par les femmes qui l’entouraient. Le fils prodigue n’est pas loin, sa souffrance m’a touchée, à fleur de passé simple un peu tordu par ses côtés précieux, voire alambiqués (pour quelqu’un ayant un penchant pour l’alcool, cela ne manque pas d’à propos).

Flanqué à terre par des paradis artificiels pas si faciles que ça, renouant avec ses origines ou son hérédité, il montre par ces textes qu’il s’est relevé et je me suis sentie soulagée quand cette pensée m’est venue.

La première vie annonce bien sa quête, poursuivie tout au long du livre. Pourtant, le bijou – pour moi – est la sixième vie de ce livre, celle de Georges Bandy. J’admire la construction de ce récit, avec ses annonces, ses ficelles de polar presque et son humanité poignante. Falstaff et la forfanterie. Parce que les anges tombent et parfois se relèvent avec les fous, dans des églises improbables, ouvertes parce qu’en ruines sur un ciel bleu et froid de janvier. Si vous n’avez qu’une seule vie à lire dans ce livre, choisissez celle-ci et puis reprenez tout. C’est la première fois que je lisais une autobiographie aussi crue sur une tranche de vie chaotique et pavée de regrets - Quoi ? L’amour est passé sans que je puisse le retenir ? Et la sève et le père ? - Avec des descriptions de plongées pathétiques et coupables de se savoir planqué dans une Institution, alors qu’autour le monde court et s’agite courageusement. Avec les honneurs pour ceux qui ont une Rollex avant 50 ans ?

Peut-être que la quête est celle de la substantifique moelle…

Ce livre a reçu le Prix France Culture en 1984 et d’autres livres de Pierre Michon ont suivi, que je n’ai pas encore lus.

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤