"La ferme des orages", Joëlle Guillais, Robert Laffont, 1998

book cover la ferme des orages 94249 250 400Ce roman m'a captivé pour deux raisons.

 

Sous son aspect roman, la description des personnages et surtout leurs personnalités très fortes, est bien décrite et mise en scène. Ces personnalités s'affrontent et se trouvent exacerbées par leur conditions sociales et matérielles. A l'époque les relations étaient rugueuses comme les conditions d'existence.

Belle description de cette famille Henin avec la transmission de la ferme du père au fils, décès du père, la mère qui épaule son fils... une nouvelle vie qui s'organise jusqu'au jour où le destin met sur la route de Patrick Irène l'ambitieuse. 

Captivante "construction" d'Irène qui se forge sa carapace sur la volonté de sortir à tout prix de sa condition difficile, dans une famille où le travail ne permet que de subvenir aux besoins élémentaires. Car ambitieuse Irène l'est. Mais cette ambition à pris ses racines, s'est nourrie du refus d'accepter la condition sociale dans laquelle elle a grandie. 

 

L'auteur nous démontre sa parfaite connaissance du terrain, du monde agricole, en traitant admirablement les relations entre voisins, les relations dans un petit village, le poids des uns et des autres, la difficulté à sortir du chemin tracé, le poids de l'entourage, de l'éducation, la lutte du pouvoir, la main mise des uns sur les autres, les luttes d'intérêts...

 

L'auteur pourrait ajouter un deuxième volet à son roman où elle traiterait son roman non plus à partir du monde agricole, mais sous l'angle du "comment l'époque des trente glorieuses a permis aux générations de l'après guerre de vivre cette évolution matérielle de notre société". Comment cette évolution a été rendu possible, est la conséquence des choix  politiques de l'époque. Car l'ambition d'Irène trouve sa réalisation au  travers de cette évolution matérielle que lui ont ouvert ces choix politiques. Besoin de reconstruire, évolutions techniques technologiques scientifiques... Certes elle aurait de toute façon évoluée socialement, son tempérament est là. Mais la période de l'histoire à laquelle elle a vécue donne une caisse de résonance, du volume, de l'ampleur à son ascension sociale, à la diversité de ses relations, à l'intensité de sa vie. 

 

Car c'est là la deuxième raison qui fait que ce roman, à mes yeux,  est captivant.

Il démontre et démonte les mécanismes qui régissent les fonctionnements de notre société et surtout sont d'une criante actualité. Rien n'est du au hasard, tout découle de décisions politiques prisent en haut lieu.

Joëlle Guillais décrit très précisément comment les difficultés rencontrées par les agriculteurs sont le résultat de la politique agricole commune (la PAC) décidée à Bruxelles. Comment cette politique évolue au gré d'intérêts pas toujours perceptibles par ceux qui sont au bout de la chaîne et qui leur rend la vie de plus en plus difficile au point de ne plus vivre qu'au travers des subventions. Il ne s'agit que de décisions prises par certains et qui déterminent les conditions d'existences de milliers de gens et non pas quelque chose d'incontournable qui arrive parce que cela devait arriver. Il ne s'agit pas non plus du hasard, de la destinée de chacun écrite par on ne sait quel dieu. Ce sont des mécanismes qui sont mis en place par ceux qui détiennent les finances. C'est très bien décrit avec les Hobby comme on dit aujourd'hui. Marché de l'engrais, de l'alimentation du bétail, du matériel agricole... Ceci cache des intérêts énormes, phénoménaux.

Eh oui ouvrage d'une étonnante actualité qui incite, induit la réflexion sur notre monde, notre société, nos problèmes actuels. Ce décalage d'époque n'éclaire que plus intensément notre actualité.

 

Guy      

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