"Des éclairs", Jean Echenoz

9782707321268


A la suite de la lecture de "Au bon roman", je me suis attaquée aux trois livres de Jean Echenoz : "Courir", "Ravel" et "Des éclairs", que j'ai lus dans le désordre, en commençant par "Des éclairs", pour lequel j'ai écrit le texte suivant :

 

A propos « Des éclairs » de Jean Echenoz

 

Inspiré de la vie de l’ingénieur Nikola Tesla (1846-1943), ce roman nous accompagne dans la vie singulière de Gregor, prénom fictif permettant à l’auteur d’inventer à son tour, plus libre que dans ses deux précédents livres "Ravel" et "Courir". Ce personnage naît une nuit d’orage, entre deux dates pour ajouter au chaos Croate d’une bonne famille serbe.

Les idées de ce bouillonnant jeune homme déchirent le ciel, font des étincelles prodigieuses. « Vous trouvez Gregor antipathique ? Moi aussi. » ; nous sommes prévenus. Il quitte sa famille, part aux Etats-Unis, entre en conflit continu avec Thomas Edison à propos du courant alternatif, rencontre d’autres patrons, la fortune et la déchéance. Il aime les pigeons et se fait plumer toute sa vie par des hommes sachant développer son génie mieux que lui. Il voudrait décoller, mais se fait voler.

Les drames couvent, comme Gregor couve discrètement sous son manteau les pigeons blessés pour les soigner dans sa chambre d’hôtel. Son grand amour est une pigeonne aux longs cils qu’il fera empailler une fois morte de la tuberculose.

Jean Echenoz abandonne l’omniscience et se relie au lecteur : « Ne comprenant pas plus que moi toutes ces choses scientifiques, le public ouvre déjà fort grand ses yeux, bouche-bée devant un tel spectacle. », l’humour se cueille là, près de la dérision et de la magie, en accompagnant Gregor, à la fois mondain et solitaire. Et puis, jetés au fil des pages, ces trois os littéraires à ronger : blandicescatoblépas et galetas… que j’ai fébrilement déterrés du Larousse.

L’enthousiasme de Gregor pour son « projet d’énergie libre » est touchant : il se dépensera sans compter et poursuivra cette idée jusqu’à la fin, peut-être sensible à ceux qui se tuent « à fouiller le ventre de la terre pour en extraire des combustibles fossiles », loin des sphères dominantes et juteuses.

Pouvait-il être entendu et compris dans cette société du profit ? Comment faire émerger à nouveau les utopies du passé, repenser activement l’avenir après la crise ? L’actualité de ce roman peut brûler.


       ¤¤¤Nathalie¤¤¤