" Les solidarités mystérieuses ", Pascal Quignard, Gallimard 2011

Publié le par guedou.alivreouvert.over-blog.com

Solidarites myst Quignard   Pour recycler un peu, je colle ici un texte court sur ce livre de Pascal Quignard (après un envoi à France Culture m'ayant rapporté un livre sur W. Churchill, merci, transmis à Domenica parce qu'elle apprécie ce genre de récit historique - plus que moi) :

 

 

Claire Methuen, 47 ans comme l’héroïne de « Villa Amalia », décide de quitter sa maison à Versailles et son travail de traductrice après avoir croisé Madame Ladon, son ancien professeur de piano, sur un marché de Dinard.

D’abord installée chez la vieille dame, elle retrouve son premier amour, Simon, maire de La Clarté – un village de granite et d’ardoises accroché à la falaise, inventé par Pascal Quignard. J’ai pensé à la phrase de Pierre Bonnard : « Il y a une formule qui convient parfaitement à la peinture : beaucoup de petits mensonges pour une vérité plus grande. » Pas à la littérature ?

Leur amour ne pouvant plus s’exprimer physiquement, les vagues deviennent « crayeuses et flaccides » sous la plume de l’auteur. Claire se transforme en « revenant » sur la falaise, ces oiseaux retrouvant leur nichoir année après année. Elle voit son amant de loin et prend le temps pour un creuset d’alchimiste, p. 192 :

« Elle faisait brûler le passé en lui-même comme font les étoiles, qui sont elles aussi tout simplement le passé qui brûle. »

Elle se dissout lentement dans ses longues marches sur la lande :

« Marcher fraie quelque chose dans le lieu, fore quelque chose dans le temps. Elle parlait à voix basse dans les ajoncs. La sœur de Paul passait pour un peu folle. A la vérité elle méditait. », p. 194

Madame Ladon va lui donner une clé, une maison et son nom, comme les bonnes fées dans les contes, à la suite de la cérémonie du thé p.83, que je vois comme un clin d’œil au Japon. Sans oublier le choc de ces deux mots dans une phrase de 9 lignes décrivant le geste de reposer la théière sur deux rythmes contraires : tout à coup/lentement. De quoi faire basculer ma lecture dans la transe chamanique… Quel talent !

Les différents personnages de l’histoire donneront leurs points de vue au fil du roman sous forme de tableaux laissant percer les secrets de famille, les amours compliquées par les positions sociales, les amitiés, les liens familiaux renoués parfois, le tissage de ces solidarités mystérieuses qui font ce roman.

Claire maigrit, s’allège, s’envole :

« Elle était dans l’étrange paix effervescente et radicale du surgissement de tout, quand tout devient irrattrapable, excitation qui érige, fleur qui pousse, vol qui s’élance, nuage qui passe, joie qui dilate, bec d’oiseau qui chante. » p.231.

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

Publié dans Nos coups de coeur

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