Jeudi 20 septembre 4 20 /09 /Sep 19:34

L-homme-des-haies-Trassard.jpg

Voici la quatrième de couverture de ce livre :

Ayant depuis plusieurs années cédé la ferme à son fils, Vincent Loiseau est vieux, de soixante-quinze ans ou plus. Il demeure quand même à La Hourdais, dans sa famille en somme, où il se contente des tâches dont il est encore capable et, surtout, que son fils lui laisse faire. Selon le désordre de la mémoire, mais avec minutie et un humour discret, il raconte sa vie de retiré sur place, les petits travaux qui l'occupent et ceux qu'il a rudement accomplis autrefois. C'est l'entretien des haies, son ouvrage préféré. Il en détaille les charmes, exprimant du même coup sa profonde solitude. Une solitude dans les choses, qui se console par leur contact, et celui des animaux. Voilà l'homme habillé d'écorces ! Si son monologue permet d'entrer dans une ferme, d'écouter les voix paysannes tout au fond du bocage mayennais il y a quelques décennies, autant dire hier, c'est surtout l'occasion d'un jeu avec la langue pour restituer la façon singulière dont l'homme de la terre ressent ce qu'il fait, ce qu'il touche, et comment il le dit.

Et à suivre, je vous pose aussi la bibiographie de l'auteur :

Photographe et écrivain, Jean-Loup Trassard est né en Mayenne en 1933. Depuis ses premiers textes parus en 1960 dans La Nouvelle Revue Française, avec le soutien de Jean Paulhan, et son premier recueil de récits, L'Amitié des abeilles, il a publié plus d'une vingtaine d'ouvrages, dont un récit de voyage à bicyclette en URSS, Campagne de Russie (collection blanche, 1989, Folio n° 2356) et plusieurs romans, dont, récemment, Dormance (collection blanche, 2000) et La déménagerie (collection blanche, 2004, Folio n° 1109).

Voilà voilà. C'est un roman qui sent bon le bocage mayennais, qui m'a rappelé un vieux paysan que j'aimais bien, un voisin qui passait nous voir avec de bons conseils et sa finesse pleine de bon sens. Je l'ai lu en entier alors que j'ai failli faire un refus d'obstacle au début et laisser tomber la lecture du livre aux premières pages parce que j'avais du mal à suivre les mots du terroir. Je me suis accrochées et j'ai pu m'amuser des vertus comparrées des feuilles de houx, de tilleul et de noisetier.

J'ai entendu une interview de l'auteur sur France Culture et j'ai vraiment été surprise d'entendre que c'est un roman d'invention et qu'il a tout inventé. Mais qu'il entendait Vincent lui parler...

Voici le lien pour 34 minutes : http://www.franceculture.fr/emission-du-jour-au-lendemain-jean-loup-trassard-2012-07-17 

 

Bonne lecture !

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

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Mercredi 19 septembre 3 19 /09 /Sep 15:32

Les-lisieres-O-Adam.jpgCe livre, je comptais bien l'acheter et puis j'ai eu la bonne surprise de le voir posé sur une table début septembre, disponible au prêt à la bibliothèque !

J'avais apprécié "Un coeur régulier" et j'ai eu le plaisir de retrouver un écureuil dans cette histoire. C'est un roman long, avec plein de choses, un peu foutraque et concentrique, plein d'élans et d'humains qui se rencontrent, de caresses et d'upercuts.

On se balade, du GR 34 dans les Côtes d'Armor aux banlieues glauques, avec des petites et des grandes misères (qu'est-ce que j'en sais, en fait ?). Des solitudes aussi avec des sentiments qui vous prennent souvent à la gorge, comme la Maladie du narrateur.

Bon. Je m'y suis perdue sûrement un peu, même si je connais ces sensations de mer bien froide à en faire mal aux articulations et à en claquer des dents un bon moment après. Mais ça ne suffit pas pour tout comprendre. Cela demande des efforts, de se sentir de nulle part avec des cuites magistrales en supplément.

Cet écrivain a une oreille pour ses semblables et sait les faire parler, retranscrire leurs révoltes, leurs troubles.

Rien que pour ce talent, chapeau !

J'ai écouté une émission d'environ 30 minutes avec Olivier Adam et je colle le lien ci-dessous pour aller l'écouter sur le site de France Culture :

 

http://www.franceculture.fr/emission-du-jour-au-lendemain-olivier-adam-2012-09-07

 

Bonne lecture !

 

 Il me semble que j'ai vu qu'Olivier Adam allait venir au Mans pour le salon du livre local, la "25ème Heure du Livre" : auteur à suivre...

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

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Mercredi 19 septembre 3 19 /09 /Sep 14:47

A-Ferney-Les-autres.jpgRevue de presse :

 «Qui n'est pas susceptible ? Qui peut entendre les critiques en souriant ?» Telle est la question lancinante qui hante le nouveau roman d'Alice Ferney, Les Autres. L'auteur, après L'Élégance des veuves ou encore La Conversation amoureuse, y poursuit sa passionnante exploration de la relation humaine, avec la rigueur et la grâce qui la caractérisent.

Ce roman met en scène une famille composée de Nina, la grand-mère, Moussia, la mère, Luc, le gendre, Niels et Théo, les deux fils, frères ennemis à la relation complexe. Et avec eux, leurs amis, fiancées et ex-maîtresses, avec leurs secrets. Ces personnages vont engager un jeu qui s'appelle «Caractère» et qui consiste, d'une façon assez perverse, à faire dire aux participants ce qu'ils pensent les uns des autres. Le leitmotiv de ce livre, son originalité et sa force tiennent dans cette assertion vertigineuse que ce que les autres pensent de nous est extrêmement déconcertant et décevant, et n'a aucun rapport avec l'image que nous voulons donner de nous-mêmes...

Finalement, comme dans ce jeu auquel se livrent les personnages, ce jeu des caractères - même si à un certain moment l'on frise le tragique -, ce beau roman nous montre que la relation humaine n'est qu'un jeu auquel nous jouons tous, auquel peut-être nous ne faisons que jouer : nous feignons de ne pas penser ce que nous pensons, pour pouvoir vivre avec l'autre, mais par cette feinte, loin de tout cynisme, peut-être témoignons-nous de notre désir de rencontrer l'autre, de lui «demander sa main» ? (Le Figaro du 24 août 2006 )

 
Après avoir lu "Grâce et dénuement", j'ai beaucoup apprécié ce roman intimiste se jouant des sentiments éprouvés à l'abri d'une maison, lors de la fête d'anniversaire d'un garçon bien gentil de 20 ans. Les fauves se lâchent parfois, et avec la délicatesse d'écriture d'Alice Ferney : c'est un régal ! L'histoire est écrite trois fois, comme avec un jeu de trois miroirs qui entoureraient cette scène familiale, lui donnant un écho infini et pourtant si proche du lecteur...
Dans ce roman, Estelle ressemble beaucoup à Esther de "Grâce et dénuement", je trouve. Je vais emprunter d'autres livres de cette romancière. C'est sûr.
Je suis ravie de savoir que ce titre existe aussi en poche, à transmettre, à faire passer, même si quelques longueurs existent pour moi au fil des pages, parce que certaines émotions me touchent plus que d'autres.
 
¤¤¤Nathalie¤¤¤
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Samedi 5 mai 6 05 /05 /Mai 16:40

Les-petits-ruisseaux.jpg

 

 

 Une B.D. attachante avec son petit vieux crayonné et chiffonné par la solitude. Avec en sous-titre « sex, drug, and rock’n roll ». Un vrai plaisir à lire, les émotions allant de la surprise à la tristesse sans oublier d’en rire et l’album se referme avec le cœur allégé. Cette vie-là, pourquoi pas ? J’aime bien le coup du puits derrière la ferme, cette transmission des savoirs qui change la vie. Entre autres.

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

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Samedi 5 mai 6 05 /05 /Mai 16:23
La couleur des sentiments T.1  La couleur des sentiments T.2

 

Voilà un chouette roman, facile à lire, avec des émotions et des situations du quotidien. Maintenant que je l’ai lu, je vais me régaler à l’écouter en format mp3. Ah ! la vie n’est vraiment pas un long fleuve tranquille pour les bonnes Noires de Jackson, Mississippi, en 1962 !

 

Il est intéressant de lire ce livre en se demandant si les murs invisibles et les plafonds de verre n’existeraient pas encore aujourd’hui dans nos sociétés, avec des différences bien sûr : à cette époque et dans cette ville, les Noirs vivaient dans la peur des représailles parfois sanglantes des Blancs, la menace du Ku Klux Klan et autres manifestations plus ou moins visibles de racisme. Certains mécanismes ayant permis de maintenir une partie de la population sous la domination et au service d’une autre sont bien décrits ici.

Ces histoires de femmes donnent du courage et nous rappellent à notre humanité, à ce que nous avons en commun. Même si c’est un roman. A lire pour démarrer les « Semaines d’Education Contre le Racisme » en mars au Mans et ailleurs…

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

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Samedi 5 mai 6 05 /05 /Mai 16:19

Tout près le bout du monde   Après « Dis oui, Ninon » (voir les commentaires publiés sur ce blog) dévoré au mois de juin dans une chaleur terrible, j’ai emprunté ce roman de Maud Lethielleux au rayon Jeunesse de la médiathèque Aragon. Quelques 500 pages qui se lisent très vite, sur deux jours pluvieux d’un début de décembre : tout à fait l’ambiance pour être synchrone avec ce livre. Sans oublier d’aller faire un tour dehors, pour aller voir voler les feuilles avant l’hiver, et garder le moral même sous la pluie.


Pour vous accompagner en musique, j'ai pensé à une vieille chanson de Michel Polnareff quand j'ai lu ce roman :

Pages 23 et 24, Jul (prononcer Djoul) -17 ans -, une des trois "pensionnaires" de la ferme du Bout du monde arrive chez Marlène, la "maîtresse" des lieux :

 

« La ferme, je l’imaginais pleine de monde, une sorte de communauté avec des jeunes qui se passent les pelles à la chaîne. Comme les bénévoles qu’on voit à la télé sur les plages envahies par le mazout. Je te parle de pelles et de jeunes mais ne va pas croire des choses ! Je n’imaginais pas du tout ici ainsi. C’est calme et désert, je regarde par la fenêtre de ma petite chambre et je ne vois que des champs nus, des étendues immenses aux dégradés de vert. Je devine la campagne à l’odeur de terre mouillée mêlée à celle des feuilles mortes qui s’envolent par bourrasques.

Au milieu du champ le plus proche il y a un arbre sans feuilles qui s’est mis sur pause pour passer l’hiver.

Moi aussi je suis sur pause. Et je me sens nue comme lui. »

 

C’est un très bon moment de lecture que j’ai passé avec ces trois voix qui se suivent tout au long des pages, au moins quatre histoires différentes que j’ai eu envie d’approcher au fil du récit qui se jouait de ma curiosité. Quelques surprises attendent les lecteurs, des moments drôles aussi, touchants bien sûr. Son personnage de Julia me fait penser à une Dryade un peu égarée, avec sa poésie accrochée au pied du chêne, sous la lune et les étoiles. Les deux autres jeunes accueillis par Marlène sont des garçons. Les textes de Solam (17 ans) démarrent sur les chapeaux de roue, vu qu’il ne peut plus sentir personne. Le plus petit a 11 ans et s’appelle Malo, il a tendance à tout garder pour lui et pourtant il écrira beaucoup sur son cahier.

Bon, maintenant il me reste à dégotter « D’où je suis, je vois la lune » parce que j’apprécie la manière souple d’écrire de Maud Lethielleux : sans oublier les plaies et les bosses, elle nous montre la vie qui circule, là où y’a tout à voir… Une façon d’être, comme l’écrirait Marielle Macé, en moins "prise de tête" !

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

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Samedi 5 mai 6 05 /05 /Mai 16:15

coeur régulier Adam

  Ce livre m’a tellement émue qu’il m’est difficile d’en parler avec distance. Alors je me sers de ce que j’ai pu glaner sur la toile pour commencer cette page.

Trouvé sur un site de vente de livres :

Présentation de l'éditeur

"Vu de loin on ne voit rien", disait souvent Nathan. Depuis la mort de ce frère tant aimé, Sarah se sent de plus en plus étrangère à sa vie, jusque-là "si parfaite". Le cœur en cavale, elle s'enfuit au Japon et se réfugie dans un petit village au pied des falaises. Nathan prétendait avoir trouvé la paix là-bas, auprès d'un certain Natsume. En revisitant les lieux d'élection de ce frère disparu, Sarah a l'espoir de se rapprocher, une dernière fois, de lui. Mais c'est sa propre histoire qu'elle va redécouvrir, à ses risques et périls. Grâce à une écriture qui fait toute la place à la sensation, à l'impression, au paysage aussi bien intérieur qu'extérieur, Olivier Adam décrit les plus infimes mouvements du cœur et pose les grandes questions qui dérangent.

Biographie de l'auteur

Olivier Adam est né en 1974. Après avoir grandi en banlieue et vécu à Paris, il s’est installé à Saint-Malo. Il est l’auteur de nombreux livres dont Passer l’hiver (Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises, À l’abri de rien (prix France Télévisons 2007 et prix Jean-Amila-Meckert 2008), Des vents contraires (Prix RTL/ Lire 2009).


Maintenant que la trame de l’histoire est posée, j’ai choisi quelques passages du livre que j’ai particulièrement appréciés.

Les deux sœurs parlent de leur frère chacune à sa manière, sans se retrouver vraiment, comme deux écorchées vives, pages 116 à 118 :

« Mais qu’est-ce qui t’arrive, Sarah ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

Je lui ai lancé un regard noir, j’ai eu envie de l’étrangler. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Notre frère était mort et elle me demandait ce qui n’allait pas. Elle s’est excusée. Elle aussi se sentait fragile depuis quelque temps. Je l’ai regardée en secouant la tête. Elle savait si peu de choses de lui. De moi. Elle n’avait pas dix ans quand nous avions quitté la maison. Après, ça n’avait plus été que déjeuners dominicaux hebdomadaires puis mensuels, une soirée ici ou là, quelques rendez-vous pris sur ma pause de midi de temps à autre et c’était tout. J’ai vu des larmes brouiller ses yeux.

Mais putain, qu’est-ce qui clochait, chez lui ?

Elle avait dit ça à mi-voix, comme on parle à soi-même. J’ai allumé une cigarette.

Je ne sais pas, ai-je fini par répondre. Il souffrait. C’est tout.

Mais merde. De quoi ? La vie est dure pour tout le monde. Je veux dire, il a tout eu dans les mains et puis… je sais pas, qu’est-ce qu’il a fait de sa vie, à part se plaindre, ricaner, tout critiquer et se bourrer la gueule…

J’ai eu l’impression d’entendre mon père : tout le monde en bavait dans cette vie, tout le monde avait ses problèmes, lui pas moins qu’un autre, alors il ne servait à rien de geindre et de se répandre.

Clara a vidé son verre et s’est allumé une cigarette à son tour, son pied battait comme la patte arrière d’un lapin. Les ongles de ses doigts réduits au minimum, elle s’attaquait à présent à la peau elle-même.

Le problème, c’est pas forcément les trucs qui vous arrivent, ai-je poursuivi. C’est ta capacité à les encaisser. Y a des gens plus fragiles que d’autres, Clara. C’est tout.

Oh, arrête. Me fais pas le coup de l’écorché vif.

Je ne te fais aucun coup. Il était comme ça. »

Seule Clara, la plus jeune, parle ; Sarah a l’air de trouver que sa sœur est à côté de la plaque, sans l’exprimer… Nous assistons au défilement de ses pensées. Elle garde le noble chagrin pour elle, sans partage.

 

Pages 181 et 182, nous revenons à un épisode plus ancien, au moment d’une visite de Sarah à son frère, dans une clinique :

« La chambre était nue et cachée au bout d’un couloir aux murs bleu pâle. Le bâtiment de brique rouge se planquait parmi les arbres, au fond d’un parc aux pelouses pelées, trouées par endroits, tout à fait rase au pied d’un cèdre immense. Nathan dormait, le drap blanc chiffonné à ses chevilles, vêtu d’un caleçon bleu, le corps moite et les cheveux collés à son front en mèches sombres et trempées de sueur. Sur la table de nuit s’alignaient des médicaments, une bouteille d’eau, un verre en plastique, sa montre et un roman. J’ai regardé le titre, Le bonheur des tristes, sur le moment ça m’a paru de si mauvais goût, tellement complaisant, j’ai eu envie de ressortir. Je me suis assise dans le gros fauteuil en faux cuir près de la fenêtre. Tout était calme et le parc douché par une lumière limpide. Un écureuil sautait entre les branches, je l’ai observé un long moment, émerveillée comme une gamine.

Tu dis rien aux parents… S’ils te demandent, tu dis que tu sais pas où je suis…

Nathan me fixait d’un œil trouble, la bouche molle, l’esprit embrumé. Il n’a pas pris la peine de me dire bonjour, ni de commenter sa présence ici.

C’est gentil d’être venue. »

Et bien sûr, le jour où j’ai lu ces pages, j’ai vu des écureuils monter au tronc des hêtres, dans un état d’émerveillement proche de celui de Sarah, sans le chagrin. C’est normal dans les bois par ici à la fin du mois de septembre, les écureuils…

 

Pages 191 et 192, parce que moi aussi j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui se lèvent chaque matin de leur vie ordinaire, même si je ne bois jamais de café (ce n’est pas ce qui est important) :

« J’avale mon café et nous sortons dans le jour déjà clair. Midori porte une jupe et une veste beiges sur un chemisier blanc rayé de bleu. Elle est allée chez le coiffeur, s’est maquillée. En quelques jours elle s’est métamorphosée, qui pourrait reconnaître en elle la femme sauvage et déchirée qui se cachait dans cette maison il y a quelques semaines encore ? Elle inspire profondément. L’air est tiède et fumé par l’automne. Partout on ratisse des feuilles humides, couleurs mélangées rassemblées en tas sur les bas-côtés. Le soleil éclabousse la mer, de son lever ne subsistent qu’un trait de ciel rose pâle et quelques lambeaux ivoire. Nous passons le torii de pierre, pénétrons dans le sanctuaire, exécutons les gestes rituels. Midori est concentrée à l’extrême, elle garde les yeux fermés et, tandis qu’elle prie, anime ses lèvres en brefs soubresauts. Quand elle a fini je la prends par l’épaule et la serre dans mes bras. J’ignore comment elle fait, où elle puise cette force. Comment elle tient encore debout. À sa place je serai en pièces, me dis-je. J’ai tant d’admiration pour ceux qui se relèvent. Alain se moquait de moi pour ça, « au fond tu admires tout le monde, disait-il… Parce que tout le monde se relève de tout, tu sais. Enfin presque tout le monde. Tout le monde n’est pas là à se regarder le nombril et à geindre comme ton frère. Oui les gens souffrent, se relèvent et continuent, c’est la règle. – Alors tant pis, lui répondais-je, j’admire des gens communs, normaux, banals, sans qualité ni courage. Tant pis, je suis une gourde, j’aime les gens. Je m’en contenterai tu sais ». Je prononçais ces mots par provocation bien sûr, pour l’irriter, mais aussi parce qu’ils étaient vrais : la plupart des hommes et des femmes que je croisais dans la rue me semblaient admirables, qu’ils se lèvent chaque matin enfilent leur tailleur leur costume leur bleu de travail leur uniforme me semblait admirable, qu’ils se rendent à leur bureau dans leur usine, mènent cette vie-là et tiennent bon me semblait admirable, qu’ils s’occupent de leurs enfants du quotidien de leurs proches me serrait le cœur, je ne les connaissais pas mais je devinais en eux des blessures, une fatigue, des failles qui me bouleversaient. Leur capacité de résistance m’épatait, leur foi en l’avenir m’émerveillait, la vie me paraissait si dure et menaçante, si violente, coupante et acide, j’avais tout fait pour m’en protéger mais au fond je demeurais cette petite fille rongée par la peur qui se cachait dans la forêt et se lovait contre son frère, priant pour qu’on l’oublie et que les bombes tombent ailleurs. »

 

J’aime beaucoup l’écriture d’Olivier Adam. Il touche juste, en plein cœur. Quel talent !

Et puis je connais quelqu’un de proche qui a pris son téléphone pour appeler sa grande sœur après avoir lu deux chapitres de ce livre, parce qu’il est urgent de ne pas se manquer trop longtemps, entre humains.

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

 

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Samedi 5 mai 6 05 /05 /Mai 16:11

Les insurrections singulières Jeanne Benameur  

 Présentation de l'éditeur :

Parcours de lutte et de rébellion, voyage au centre de l'héritage familial, aventure politique intime et histoire d'une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières emboite les pas d'abord incertains d'un fils d'ouvrier en délicatesse avec lui-même. Entre la France qu'on dit profonde et la misère ensoleillée et relative du Brésil, sur les traces d'un pionnier oublié de la sidérurgie du XIXe siècle, Jeanne Benameur signe le roman d’une mise au monde.

 

Pour donner le ton de ce livre, j'ai choisi un extrait de la page 66 (ce sont les pensées du personnage principal, Antoine, ouvrier et fils d'ouvrier en RTT obligatoires) :

"Il faut apprendre et il faut manger.
Alors l'école, alors l'usine.
Et finalement quel que soit le "travail", c'est quelque part toujours la même chose. Faut y aller. Faut faire. Faut rentrer chez soi. Et recommencer.
Les revendications salariales, syndicales, c'est juste pour rendre les choses un peu plus humaines, mais est-ce que c'est humain d'être enfermé pour un môme toute la
sainte journée et pour un homme, est-ce que c'est humain ? et répéter les mêmes gestes de plus en plus vite, de mieux en mieux ?
C'est ça, vivre ?
Je sais, on ne va pas refaire le monde
Mais putain moi je n'y arrive pas.
Comment il a fait, mon père ? Dans quoi s'est-il perdu pour continuer ?
Et Loïc et Karima qui triment pour que les mômes aient du plaisir à apprendre... pour quoi faire après ? Il a raison, Franck, quand il dit qu'on voit bien qu'il n'y a plus d'exemple à donner parce que nos vies sont traitées comme rien. J'ai envie de gueuler. Mais ouvrez-leur les yeux aux gosses, bon Dieu, tant qu'ils ont encore envie d'horizon, apprenez-leur plutôt à se révolter, à chercher leur place dans le monde, pas à prendre juste celle qu'on leur attribue à la louche, allez hop, toi ici, toi là !"

 

J'aime ce livre parce qu'il touche simplement, qu'il montre aussi que chacun peut trouver "sa sortie de crise", se l'inventer à sa manière, cette fameuse "insurrection singulière". Au coeur de la mondialisation, ce sont des personnes qui se retrouvent ballotées, que vont-elles en faire ?

C'est comme une piqûre de rappel à la liberté, ce petit roman. Et ça m'a fait du bien. Je trouve que Jeanne Benameur est vraiment très forte pour donner de l'élan, même quand l'avenir paraît gris.

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

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Samedi 5 mai 6 05 /05 /Mai 16:08

le souffle de l'ogre   Ce roman étonnant nous fait suivre Sept (le Petit Poucet) et son frère Un dans un pays qui est loin de ressembler à celui des Bisounours, où l'on croise des personnages de contes déjà connus venus de notre enfance, souvent très cruels. Et pourtant, il se passe quelque chose de magique : ce livre parle d'enfants qui espèrent un monde meilleur, sans se faire trop d'illusions, après avoir fui leurs parents terribles. Ces deux faibles petits avancent cahin-caha, croisant des personnages fantasques qui vont parfois les aider. Lire leur cheminement fait du bien, au bout du compte (ou conte ?), comme une initiation vivante pleine de rebondissements.

C'est décapant, drôle aussi, et je vous le recommande chaudement !

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

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Samedi 5 mai 6 05 /05 /Mai 16:02

en un tour de main   Pour vous présenter ce livre, j'ai trouvé ces lignes sur le site de la médiathèque du Mans :

 

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Après des études artistiques à Paris, Jo WITEK a d’abord été comédienne, conteuse et animatrice d’ateliers théâtre pour enfants. Elle a été ensuite journaliste puis travaillé dans le milieu du cinéma en tant que lectrice, rédactrice et scénariste. Elle vit aujourd’hui dans l’Hérault et concentre son écriture sur les ouvrages de fictions et documentaires pour les adolescents. Elle est l'auteur de "En un tour de main" (Seuil-Karactères), sélectionné pour le Prix des Lecteurs 2011. « Matt Borovski est un jeune magicien à la carrière prometteuse. Interviewé par une journaliste, il fait le récit de son parcours peu ordinaire : une enfance sans mère dans un quartier déshérité puis dans un squat ; un père un peu alcoolique, un peu voyou, pas doué pour la tendresse mais vrai poète ; un frère aîné roi de la débrouille. L’année de ses 8 ans, le petit Matt découvre la magie. C’est une révélation. Il commence à s’entraîner avec un mauvais jeu de cartes. Plus tard, au squat, c’est un vieil artiste de music-hall qui va lui apprendre toutes les ficelles du métier. Mais les années de bohême virent au drame quand le squat est démantelé. Le père se remet à boire. Pour permettre à leur fragile cellule familiale de survivre, les deux frères se lancent dans le vol de portefeuilles, mettant à profit les talents d’escamoteur de Matt. Une plongée dans la délinquance qui va peser lourd sur leur avenir. Un roman original plein d’espoir et de chaleur humaine, avec une galerie de personnages très attachants.… » (Inter CDI, mai/juin 2010 ; n° 225)

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Ce roman est sensible et m’a touchée plus d’une fois, sans non plus vous arracher des larmes et jouer du violon dans de gênantes « séquences "émotion" ». Et pourtant, le parcours de ce magicien prodige est compliqué, vous verrez…

Je regrette de n'être pas allée voir cette romancière le 29 mars dernier lors de sa rencontre-dédicace dans le cadre du Prix des Lecteurs 2011. Mais je n'avais pas encore eu le plaisir de lire son roman. Je l'ai lu alors que je venais de m'offrir mon premier jeu de cartes de magicienne : ce fameux Bicycle Rider back, dont on parle dans le livre. Sauf que les dos de mes cartes sont rouges et pas bleus comme pour le héros de l'histoire. Ah ! le hasard…

Le magicien qui m'a fourni ce fabuleux paquet de cartes venues de Cincinatti est un monsieur de plus de 80 ans qui amuse bénévolement des enfants dans les salles d'attente de l'hôpital du Mans, environ une fois par semaine. Samedi dernier, il nous a proposé d'apprendre de nouveaux tours pour distraire les enfants à l'hôpital, dont la fabrication d'une drôle de souris-mouchoir. En illustration, voici le lien vers la vidéo du magicien anglais, Quentin Reynolds, avec sa souris de laboratoire qui peut sécher toutes les larmes :

 

http://www.youtube.com/watch?v=yYi_QUkBNew

 

A vous de recopier cette adresse pour accéder à la vidéo : je ne réussis pas à l'incruster directement sur ce blog... Dommage !

J'ai encore beaucoup de travail à faire pour améliorer la mobilité de ma bestiole en tissu et donner cette illusion de vie enthousiasmante pour les spectateurs. Le tout serait de se mettre à y croire soi-même ?

A la fin du livre, page 145, le Renard nous fait une brève présentation de Mahmoud Darwich, un poète palestinien qui est mort il n'y a pas très longtemps (au début du mois d’août 2008) et qui était venu donner une interview sur France Inter il y a quelques années. Je l'ai entendue et j'ai recopié ensuite sur papier ce que son interprète a traduit au fur et à mesure, parce que je trouvais ses mots émouvants, à la fois pesants et légers. Je vous ai retrouvé ce texte :

 

L’indescriptible fleur d’amandier

 

- La poésie rend-elle tout possible ?

- C’est ce que le poète souhaite. Mais je ne sais pas si j’ai réussi, c’est une tentative de décrire les fleurs d’amandier. Et finalement, toutes les descriptions que je fais ne sont que des tentatives. En fait, mon projet est de transformer, de changer la langue, de sorte que la langue arrive à cette transparence, à cette légèreté, à cette finesse de la fleur d’amandier. Ce poème est une tentative de polir la langue et de la libérer de toute pression externe. Finalement c’est quelque chose d’assez impossible. Et c’est pour cela que si quelqu’un parvenait un jour à une telle description, ces paroles deviendraient l’hymne national. Et puis il ne faut pas oublier que cette tentative s’inscrit dans une période où prédominent la dureté, la violence, l’occupation et ce qui contredit cette réalité amère et dure, c’est précisément cette quête poétique-là des choses simples. Et c’est essayer d’arriver à une langue transparente et qui précisément fasse opposition à la brutalité du réel.

- Cette transparence-là que vous évoquez -vous habitez à même pas un kilomètre du mur qui sépare Ramallah d’Israël - et vous parlez de transparence, comme si ce champ du possible – celui du poète - venait tout à coup se cogner contre la réalité politique. Est-ce que tout de même un jour cette transparence que vous arrivez à faire exister peut changer des choses ?¤

- C’est parce que je vois le mur et que je vois les postes de l’armée, les postes de contrôle, et que je vois les chars aller et venir. Je n’ai pas de langue pour affronter, moi, ces choses que je vois. Je n’ai pas une langue de la force du char ou du mur ou des postes de l’armée. Et si je criais, si j’utilisais un ton aussi fort, aussi violent que celui du char, ma voix serait égarée, serait perdue en fait. C’est pour ça que je cherche l’extrême opposé de cette réalité-là. Presque comme une résistance qualitativement différente et qui a quelque chose de spirituel parce que, quoi que fasse l’occupant, je peux affirmer qu’il n’a pas détruit mon âme ni notre capacité à être heureux face aux fleurs d’amandiers au printemps. Parce que si je disais l’opposé à cela, à ce moment l’occupant m’imposera ma propre langue. Cette langue immédiate qui crie, qui est violente et en fait je suis en train de me libérer de ce que l’occupation est supposée me faire dire (vivre ?).

- Ça veut dire au fond que cette invocation des toutes petites choses de la vie quotidienne : la tasse de café que vous allez boire à l’extérieur en ne sachant même pas si on vous voit, si vous existez réellement, ces petites choses-là vont priver la violence du char de tout sens, au fond.

- Elles le ridiculisent ce char aussi. En fait, elles le mettent hors d’état de fonctionner. Parce que c’est ce que je dis à l’officier qui dirige le char, à ceux qui sont dans le char, je leur dis une chose très simple : Vous n’êtes pas arrivés à rompre mon lien à mes choses intimes et vous n’êtes pas parvenus à me détourner de mon humanité. Et je fais partie de ceux qui pensent que la poésie est faite des choses les plus simples en réalité. Et donc on est un peu loin des moments épiques, des moments de grande bravoure, on est dans le cours simple des choses.

- Mais se réconcilier avec ses frères, avec les Palestiniens, avec les plus radicaux d’entre eux, est-ce que ce n’est pas aussi difficile que d’envoyer le pétale de fleur d’amandier contre le char ?

- Restons juste quelques instants dans le domaine de la poésie qui me concerne. Ce n’est pas pour éviter la question. C’est parce que je pense que le domaine de la poésie est suffisamment spacieux pour répondre à cette question qui semble plus politique. Vous avez peut-être une idée de mon rang moral dans le peuple palestinien. Mais vous ne savez peut-être pas le nombre d’accusations de trahison dont je suis l’objet de la part de certains Palestiniens également. Donc je n’ai pas seulement une bataille avec l’occupant, j’ai également une bataille avec la façon dont certains Palestiniens conçoivent le mode de riposte culturelle à l’occupation. Certains peuvent tout à fait penser que parler d’amour, parler des fleurs d’amande, c’est une façon de lâcher la cause nationale. D’autres veulent fixer les limites de l’évolution de la métaphore, des images poétiques. Donc j’ai une bataille interne, intérieure aussi et externe. Mais ce qui me rend fort, ce qui me renforce dans tout cela, c’est qu’à chaque fois que j’ai été plus loin dans mon œuvre, mes lecteurs ont augmenté et mes ennemis également. Il n’y a pas de consensus en face de moi, et j’en suis très heureux parce que l’unanimisme est l’un des traits des troupeaux.

- Quand vous êtes à Ramallah, en réalité, vous êtes enfermé, vous êtes dans le confinement, vous êtes –vous l’avez dit à plusieurs reprises- dans une forme d’exil et néanmoins vous êtes en train de nous parler de votre liberté, de votre libération. Mais combien de temps encore faut-il cet enfermement pour que la poésie ait raison du char ?

- Si l’occupation avait été courte, la poésie épique, la poésie de mobilisation, aurait été le recours réel, concret, à cette situation d’occupation. Et nous en avons écrit. La littérature palestinienne est pleine de poèmes de ce type. Et moi-même j’ai écrit des poèmes de mobilisation directe. Etre dans une situation répétitive de ce type de poèmes fait que le poète devient un peu à l’image du malheur et de la détresse. Et moi je n’accepte pas ces conditions de combat. Moi, je veux l’emporter dans la bataille de la créativité. Le Palestinien est encerclé, il est sous occupation mais il peut se réconcilier avec la vie et la modernité poétique et culturelle. Et sa voix peut être entendue au plus haut niveau. Est-ce que ça n’est pas cela en fait le combat littéraire ? Je dis toujours : Il est difficile à un être humain d’être Palestinien.

C’était la conclusion de Mahmoud DARWICH…

<Entretien entendu sur France Inter, dans l’émission du 7/9, un matin de la fin 2007. Retranscription de la traduction donnée en direct.>

 

En ce moment, je lis « Le dérèglement du monde », d’Amin Maalouf (2009), un essai qui m’aide à revoir certains événements, certains points de vue, avec une écriture fluide et claire comme une eau vive. Dommage que je n’aie pas été retenue pour ce fameux jury du Prix du livre France Inter, où j’aurais pu le rencontrer parce qu’il le préside cette année… Cela me permet d’avoir le temps d’être curieuse, finalement. Dans la liste du Prix des Lecteurs 2011 au Mans, il y a un petit roman pour Ados (et adultes aussi, bien sûr !) sur le Liban : « Le grand Joseph » de Koshka, vu par une petite fille prise dans la tourmente des grands. Une belle histoire, mes aïeux !

 

¤¤¤Nathalie¤¤¤

Par guedou.alivreouvert.over-blog.com - Publié dans : Nos coups de coeur
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